Autrefois symbole de liberté financière, le Bitcoin avait pour mission de défier les banques et les États. Mais en 2025, il semble avoir changé de camp. Son prix réagit aux discours de la Fed, ses mouvements dépendent des flux d’ETF, et certains pays envisagent même de l’ajouter à leurs réserves officielles. Le Bitcoin semble devenir un actif comme les autres. Plus accepté mais aussi beaucoup plus soumis aux règles du système financier classique. Et ce changement n’est pas sans conséquences sur le long terme.
Les ETF Bitcoin ont tout changé. En rendant le BTC accessible via des produits financiers traditionnels, ils ont ouvert les vannes à des milliards de dollars venus de fonds institutionnels. Début octobre 2025, ces ETF ont enregistré près de 6 milliards de dollars d’entrées nettes. Résultat : le Bitcoin a explosé à 125 000 $, avant de retomber brutalement quelques jours plus tard.
Mais ce succès a un prix. À chaque entrée ou sortie d’argent dans les ETF, les gestionnaires doivent acheter ou vendre du BTC. Le cours devient donc ultra dépendant de ces flux. Le Bitcoin, qui se voulait décentralisé et imprévisible, obéit désormais aux décisions des grands gestionnaires de Wall Street. Il a troqué son indépendance contre un ticket d’entrée dans le club fermé des actifs “respectables des élus”.
La semaine dernière, Jerome Powell a annoncé que la Réserve fédérale américaine (Fed) envisageait deux baisses de taux d’ici la fin de l’année. Cette seule déclaration a suffi à relancer la machine. Les ETF Bitcoin sont repartis à la hausse, entraînant tout le marché crypto avec eux. Comme si le BTC était devenu une simple action du Nasdaq, sensible au moindre mot d’un banquier central.
C’est un vrai tournant. Autrefois présenté comme un actif “non corrélé”, le Bitcoin réagit désormais comme un actif classique. Quand les taux montent, les investisseurs fuient. Quand ils baissent, l’argent revient. Le Bitcoin ne trace plus sa propre route : il suit les mêmes signaux macro que tout le reste des marchés financiers. Du moins, c’est ce que l’on puisse dire.
Autre évolution marquante : certains États commencent à envisager sérieusement d’intégrer le Bitcoin dans leurs réserves officielles. Aux États-Unis, une Réserve stratégique de Bitcoin a même été évoquée pour valoriser les BTC saisis par les autorités américaines. En Europe, la république tchèque par exemple, réfléchit à allouer jusqu’à 5 % de ses réserves en BTC.
C’est un changement de posture radical. Le Bitcoin, conçu pour échapper au contrôle des banques centrales, pourrait bientôt trôner dans leurs coffres. Il passerait du statut de “monnaie alternative” à celui d’actif stratégique. Une reconnaissance, certes, mais qui soulève une vraie question : que reste-t-il de son esprit d’origine ?
Soyons honnêtes : le Bitcoin n’est plus ce rebelle des débuts de la blockchain. À force de vouloir être adopté par les grandes institutions, il a dû faire des compromis. Aujourd’hui, il obéit aux taux d’intérêt, aux règles de la SEC, et aux flux de capitaux institutionnels. Il est devenu un actif “propre”, géré, surveillé, intégré.
Alors oui, cela lui a permis de gagner en légitimité. Mais il a aussi perdu une part de son identité. En 2025, le Bitcoin ne défie plus le système : il en est devenu un rouage. Un rouage important, certes. Mais un rouage quand même.
Le Bitcoin a gagné la guerre de la reconnaissance, mais à quel prix ? Lui qui promettait de s’affranchir des banques et des États vit désormais au rythme de leurs décisions. Il monte ou baisse selon les mots de Powell, les taux directeurs, les rapports sur l’inflation ou les publications du Président Donald Trump.
Le rêve d’un actif libre, neutre et incontrôlable s’estompe un peu plus chaque jour. Place à un Bitcoin respectable et profondément lié aux marchés financiers qu’il voulait renverser. En tout état de cause, le Bitcoin reste cet actif mystérieux qui échappe au contrôle absolu des institutions centralisées et de gouvernements.





