L’intégration des stablecoins dans l’écosystème financier burkinabè représente un levier stratégique de transformation majeur pour atteindre les objectifs nationaux d’inclusion financière, stabiliser les revenus de la diaspora et sécuriser la trésorerie des entreprises face à la volatilité pour une compétitivité et un dynamisme économique.
Au Burkina Faso, le paysage financier est en pleine mutation. Selon les données du Ministère de l’Économie, des Finances et de la Prospective, bien que le taux de bancarisation stricte reste modeste, le taux d’inclusion financière élargi incluant la microfinance et la monnaie électronique dans l’espace de l’Union économique et monétaire Ouest-africaine (UEMOA), dont fait partie le Burkina Faso a atteint des sommets historiques, s’établissant à 73,6% en 2024.
Les chiffres clés de l’Inclusion financière
Le taux global d’inclusion financière au sein de l’Union économique et monétaire Ouest-africaine, dont fait partie le Burkina Faso, a atteint 73,6 % en 2024, contre 72,3 % en 2023.
Selon le dernier rapport du ministère de l’Économie, des Finances et de la Prospective publié en novembre 2024, le pays affiche un taux de bancarisation élargi (incluant banques, microfinance et monnaie électronique) de 36 %. Ce chiffre est à mettre en perspective avec l’objectif de croissance de 8 points fixé par le gouvernement. Le taux de bancarisation strict reste modeste, s’établissant à environ 24,3 % au niveau régional en mai 2024.
Selon les données de l’Agence Nationale de Promotion de la Finance Inclusive (ANPFI) et les conclusions de la session 2025 du Cadre National de Concertation de l’Agence pour l’inclusion financière (CNC-AIF), le Taux global d’inclusion financière au Burkina Faso s’établit à 79,07 % en 2025. Ce résultat place le pays au-dessus de la moyenne régionale de l’UEMOA, qui est de 73,6 %.
Les réformes institutionnelles majeures
Pour accélérer ces résultats, le gouvernement burkinabè a opéré une restructuration profonde début 2025 :
- Fusion stratégique : la création de l’Agence Nationale de Promotion de la Finance Inclusive par la fusion du Fonds National de la Finance Inclusive (FONAFI) et du Secrétariat Permanent pour la promotion de la finance inclusive a permis une meilleure coordination des actions de l’État.
- Digitalisation des paiements : le Projet d’Appui à l’Inclusion Financière (PAIF-PME), soutenu par la Banque Mondiale, a dépassé ses objectifs avec plus de 9,5 millions de transactions numériques traitées, réduisant les délais de paiement de 72 heures à quelques minutes, témoignant d’une adoption rapide des actifs numériques dans le pays.
- Objectifs 2030 : L’ambition nationale s’aligne sur la nouvelle stratégie régionale de la BCEAO qui vise un taux d’inclusion financière de 90 % pour les adultes de L’UEMOA d’ici 2030
Accès au Crédit et Financement
- Soutien aux PME : les Micros, Petites et Moyennes Entreprises ont capté 52 % des concours bancaires en 2024, contre 49 % en 2023.
- Inclusion des femmes : les femmes ont bénéficié de 18 % du volume total des prêts distribués aux personnes physiques.
Contexte économique global
Malgré un contexte sécuritaire marqué de grands défis, l’économie burkinabè a enregistré une croissance solide de 4,9 % à 5,1 % en 2024, portée par les secteurs agricole et des services. Le taux d’inflation moyen s’est établi à 4,19 % sur l’année.
Cependant, un fossé subsiste : l’accès au crédit et aux services financiers sophistiqués reste complexe pour le secteur informel. C’est ici que les stablecoins, qui sont des actifs numériques non volatils indexés sur une monnaie fiduciaire, généralement le dollar US, interviennent. Ils ne sont pas perçus comme des actifs spéculatifs, mais comme des outils de transfert de valeur stables, rapides, sécurisés et accessibles via un simple smartphone.
La diaspora burkinabè joue un rôle vital dans l’équilibre macroéconomique du pays. En 2023, les transferts de fonds ont été estimés à environ 360 milliards FCFA, selon le dernier rapport de la Banque Centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) sur le transfert des fonds de la diaspora burkinabè vers leur famille, publié en 2024.
Malgré cette manne financière importante, les frais de transfert via les réseaux traditionnels peuvent atteindre entre 7% et 10% du montant envoyé. Ces frais en Afrique subsaharienne représentent, selon la Banque mondiale, les plus élevés au monde. L’utilisation des stablecoins permet ainsi de réduire ces coûts à moins de 1%.
Pour les ménages, cela signifie une augmentation directe du pouvoir d’achat. Au-delà du coût, les stablecoins permettent de fixer la valeur des envois : une somme envoyée en USDT (Tether) ne perd pas de sa valeur le temps du trajet et peut être convertie facilement en FCFA, protégeant ainsi les familles contre les fluctuations monétaires imprévues.
Pour le tissu économique local, les enjeux sont tout aussi important :
- Les petites et moyennes entreprises (PME) captent environ 52% des concours bancaires au Burkina. Pourtant, leurs besoins en paiement transfrontalier (importation de matériel, services numériques) sont souvent freinés par les délais bancaires et les coûts énormes des opérations. Les stablecoins comme le USDT de Tether offrent une liquidité immédiate pour les opérations transfrontalières à moindre coût et en quelques minutes.
- Pour la Trésorerie des grandes entreprises, la gestion en actifs numériques stables permet de diversifier les risques de volatilité. En période de forte inflation mondiale, détenir une fraction de sa trésorerie en stablecoin USDT permet de maintenir une capacité d’importation constante.
Les piliers fondamentaux de l’adoption responsable de masse
Pour que les stablecoins passent d’une niche technologique à une véritable adoption de masse, deux verrous doivent être levés :
- L’éducation financière numérique : Il est impératif de former les utilisateurs à la distinction entre les cryptomonnaies volatiles et les stablecoins. Les entreprises du secteur doivent subventionner des formations adaptées pour faciliter la compréhension de leurs outils et produits au profit de leurs utilisateurs. L’État, à travers des initiatives de digitalisation, doit aussi accompagner cette acculturation pour éviter les erreurs de manipulation au sein des populations.
- La sécurité numérique : la montée en puissance des actifs numériques s’accompagne de risques de cyber-fraude. La sécurisation des portefeuilles numériques (wallets) et la sensibilisation à la protection des clés privées sont les garanties d’un système robuste dans ce monde où beaucoup n’arrive toujours pas à assurer leur propre sécurité. L’objectif est de créer un environnement où la transaction numérique est plus sûre qu’un échange d’espèces.
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Aujourd’hui, l’ambition du gouvernement burkinabè d’augmenter le taux de bancarisation de 8 points et d’atteindre le ‘’zéro cash” dans les services publics à l’horizon 2030 passera inévitablement par la convergence structurelle entre le Mobile Money et les protocoles Blockchain.
En stabilisant les fonds de la diaspora et en offrant aux entreprises des outils de paiement globaux, le Burkina Faso se positionne comme un précurseur de la finance décentralisée au service de l’économie réelle à l’ère numérique. Tout est possible avec une vision claire, des actions audacieuses et un programme d’opérationnalisation structurel en collaboration avec les infrastructures de liquidité stablecoin comme Tether pour accélérer l’inclusion financière.
Les stablecoins constituent une opportunité stratégique pour le Burkina Faso afin de réduire les coûts des transferts de la diaspora, d’améliorer la trésorerie des PME et de porter le taux d’inclusion financière au-delà des 79% actuels grâce à une sécurité numérique renforcée et une éducation accrue des populations.




