En Afrique du Sud, dans un projet publié le 3 août 2026, le Trésor et la South African Reserve Bank (SARB) proposent de considérer comme une exportation de capitaux tout transfert depuis une plateforme locale agréée vers un exchange étranger ou un wallet non-custodial. La mesure ne constitue pas encore une interdiction générale, mais elle soumettrait ces opérations aux plafonds de devises des résidents et à une déclaration auprès du département de surveillance financière de la banque centrale.
Au pays de Nelson Mandela, le Crypto Asset Manual crée une nouvelle catégorie d’intermédiaires : les Authorised Crypto Asset Service Providers, des prestataires crypto autorisés à traiter les opérations transfrontalières et à les déclarer du département de surveillance financière de la banque centrale (FinSurv).
L’achat ou la vente de cryptomonnaies en rands (devise locale) auprès d’un prestataire local resterait une opération domestique non déclarable. Il en irait de même pour un transfert entre deux plateformes sud-africaines autorisées.
Le changement intervient lorsque les fonds quittent cet environnement. Un envoi vers une plateforme d’échange étrangère ou vers un wallet dont l’utilisateur contrôle les clés serait automatiquement considéré comme une exportation de capitaux, même si le propriétaire des cryptomonnaies ne change pas.
Pour les particuliers majeurs, ces transferts pourraient utiliser deux enveloppes :
- une allocation discrétionnaire de 2 millions de rands par personne et par an, sans certificat fiscal ;
- une allocation d’investissement étrangère pouvant atteindre 10 millions de rands, réservée aux contribuables en règle et soumise à une autorisation fiscale.
Le projet mentionne 2 millions de rands (environ 110 000 $), et non le plafond actuel de 1 million repris dans l’ébauche. Les plateformes étrangères devraient vérifier les limites disponibles, recueillir les justificatifs et transmettre la finalité de chaque opération à FinSurv de la banque centrale du pays.
Par ailleurs, le traitement des wallets non-custodial constitue la partie la plus restrictive du texte. Retirer ses bitcoins ou ses cryptos vers son propre portefeuille consommerait une partie de son allocation annuelle, alors qu’aucun actif n’est nécessairement envoyé à l’étranger ni cédé à un tiers.
Et le retour serait encore plus compliqué ! Le tableau publié par la banque centrale d’Afrique du Sud qualifie de « non-permissible transaction » l’envoi de cryptomonnaies depuis un wallet non-custodial vers une plateforme locale. En revanche, des fonds provenant d’une plateforme étrangère pourraient être rapatriés s’ils avaient été externalisés et déclarés selon une procédure approuvée.
Ce dispositif privilégierait donc les portefeuilles custodiaux identifiés au détriment de l’auto-conservation. Il pourrait également inciter certains utilisateurs à contourner les plateformes agréées au profit des échanges de pair à pair ou de la finance décentralisée, ce qui réduirait paradoxalement la visibilité recherchée par le département de surveillance financière de la banque centrale.
Les entreprises sud-africaines ne seraient, pour le moment, pas autorisées à externaliser des crypto-actifs selon cette procédure. Le cadre ne distingue pas non plus Bitcoin, stablecoins et autres cryptomonnaies, et ne leur accorde aucun statut de monnaie légale.
Pour l’instant, le texte reste un brouillon susceptible d’être modifié dans les prochains jours. Les avis et commentaires des acteurs clés peuvent être transmis jusqu’au 30 septembre prochain. L’Afrique du Sud ne cherche pas à interdire les cryptomonnaies, mais à faire en sorte qu’aucun actif numérique ne puisse sortir du pays sans passer par les mêmes compteurs que les devises traditionnelles.





