En Iran, l’effondrement du rial (monnaie locale) et la répression politique poussent citoyens et État à utiliser le Bitcoin (BTC) comme valeur refuge et outil de contournement des restrictions financières internationales. Face à une vague de manifestations et à une crise économique aiguë, de plus en plus d’Iraniens retirent leurs BTC des plateformes d’échange pour les conserver dans des portefeuilles personnels, illustrant le rôle de l’ Iran comme terrain d’usage extrême du Bitcoin en période d’instabilité économique et politique.
Depuis le début des manifestations populaires fin décembre 2025, déclenchées par l’aggravation des conditions économiques et la répression gouvernementale, les données on-chain montrent une accélération nette des retraits de Bitcoin (BTC) depuis les plateformes locales vers des portefeuilles privés d’auto-garde des actifs.
Selon un rapport publié par Chainalysis, cette tendance s’est accentuée entre le 28 décembre 2025 et le 8 janvier 2026, période qui a culminé avec un blackout internet imposé par les autorités iraniennes. Pour les analystes, ce mouvement traduit une volonté claire de reprise de contrôle direct des fonds, en dehors des intermédiaires et de toute censure potentielle.
La cause principale de ce basculement est l’effondrement spectaculaire de la monnaie nationale, le rial, face au dollar américain. En quelques semaines, son taux de change est passé d’environ 42 rials pour 1 dollar à plus de 1 050, annihilant le pouvoir d’achat des ménages.
Dans ce contexte de crise, Bitcoin apparaît comme une couverture logique contre l’hyperinflation. Son offre totale plafonnée à 21 millions d’unités, sa portabilité internationale et sa résistance à la censure en font un outil de préservation de valeur sûre et de liquidité, particulièrement attractif lorsque l’accès au système bancaire est menacé ou restreint.
La plateforme Chainalysis résume ce comportement comme une réponse « rationnelle ». Car, lorsque les devises locales s’effondrent et que les libertés économiques se réduisent, les citoyens se tournent vers des formes d’argent alternatives et difficiles à confisquer.
Le phénomène n’est pas propre à l’Iran seul. Les analystes soulignent qu’un schéma similaire a été observé dans d’autres régions confrontées à des conflits armés, à des crises financières ou à des durcissements autoritaires. Dans ces contextes, les flux de crypto augmentent souvent en parallèle des restrictions politiques, le bitcoin jouant ainsi un rôle de soupape financière.
L’adoption de la crypto ne se limite pas uniquement à la population iranienne. Des entités liées au pouvoir d’État exploitent également cet écosystème de façon stratégique. D’après toujours Chainalysis, des adresses associées aux Gardiens de la Révolution Islamique (IRGC) représentent désormais plus de 50% de la valeur totale des flux crypto entrants en Iran au quatrième trimestre de l’année 2025.
Ces portefeuilles auraient traité plus de 2 milliards de dollars en transactions on-chain sur cette seule période, portant le total annuel estimé à environ 3 milliards de dollars, un chiffre probablement sous-évalué, car il ne tient compte que des adresses répertoriées par les États-Unis.
Cette double dynamique souligne l’ambivalence du Bitcoin en Iran. Pour une partie de la population, il représente un outil clé de survie économique et de liberté financière face à l’inflation. Pour certains acteurs étatiques, il constitue aussi un moyen de contourner les sanctions internationales et de financer des opérations hors du système financier traditionnel.
Dans un pays où la monnaie s’effondre, Bitcoin (BTC) s’impose ainsi comme un acteur central, à la fois refuge individuel et instrument géopolitique, révélant toute la portée politique et économique de la blockchain en période de crise.





