Au Paraguay, la plus importante banque du pays, Ueno Bank, a cessé d’afficher les soldes de ses clients depuis le 3 novembre 2026. Cette chute de la banque a piégé l’épargne de milliers de familles paraguayennes. Dans la foulée des protestations, le président Santiago Peña a annoncé sa démission le jeudi 5 novembre 2026 dans une vidéo. L’essentiel des trois millions de clients n’a toujours pas accès à son argent dans un pays de 6,5 millions d’habitants.
Ueno Bank appartient au Grupo Vázquez et revendiquait 2,9 millions de clients, soit plus de 60 % des adultes du pays. La Banque centrale du Paraguay (BCP) a annoncé le 3 novembre dernier l’ouverture d’une procédure de résolution. Le ratio de solvabilité était passé sous la moitié du minimum légal après des ajustements comptables. Selon Euronews, la banque n’a pas pu honorer une exigence de réserve légale de 70 millions de dollars, quelques jours après avoir annoncé un plan de recapitalisation de 100 millions.
L’application et les cartes bancaires sont coupées depuis mardi 3 novembre. Des foules se massent rapidement devant le siège et les 75 agences de la banque. Ueno Bank gérait près de 850 millions de dollars de fonds publics, dont environ 380 millions de l’Institut de prévoyance sociale. L’association des importateurs et commerçants du Paraguay redoute une chute immédiate de 35 % des ventes dans la grande distribution.
Huit cadres de la banque ont été arrêtés le mercredi 4 novembre 2026, dont son directeur général. Selon des sources, 27 personnes sont poursuivies. Le président de la banque centrale, Carlos Carvallo, a démissionné à la demande du président paraguayen dès le 3 novembre. Le fonds de garantie des dépôts de la banque couvre jusqu’à 228,3 millions de guaranis par déposant. L’institution a commencé à rembourser les comptes de moins de 10 millions de guaranis.
Dans une vidéo publiée le jeudi 5 novembre 2026, le président du Paraguay annonce officiellement sa démission : « J’ai pris la décision de présenter ma démission à la présidence de la République. Je le fais en pensant à la stabilité de notre pays, à la paix sociale et à la nécessité de préserver nos institutions démocratiques », a déclaré le président. Il a aussi présenté des excuses au peuple « si à un moment j’ai failli ».
Le parquet a ouvert trois enquêtes pénales. Le président a détenu une participation dans le Grupo Vázquez, propriétaire d’Ueno Bank, qu’il dit avoir cédé en mars 2025. Si le Sénat le destitue, le vice-président Pedro Alliana achèverait le mandat jusqu’en août 2028. Les 35 députés à l’origine de la procédure le visaient, mais la Chambre a rejeté cette seconde mise en accusation par 48 voix contre 30.
Le réflexe est venu vite côté crypto en rappelant la maxime « pas vos clés, pas vos coins » : une banque 100 % mobile dont l’application s’éteint à 3h du matin, c’est précisément le scénario que l’autodétention de crypto prétend éviter. Une clé perdue ou volée ne se rembourse jamais, et aucun fonds de garantie ne couvre le cours du bitcoin.
La banque centrale du Paraguay parle d’un « cas isolé » et non d’un effondrement du système bancaire. Le pays reste un pôle du minage de bitcoin grâce à l’hydroélectricité, un secteur que les autorités ont tour à tour freiné et toléré. Le Sénat avait voté un statut industriel pour les mineurs de Bitcoin en juillet 2022 et le président Mario Abdo Benítez y avait opposé son veto un mois plus tard.
Le Sénat paraguayen entend le président ce vendredi 6 novembre et il lui faudra 30 voix sur 45 pour le destituer. Les remboursements du fonds de garantie se poursuivent par tranches pendant ce temps. Le Paraguay avait brandi un moratoire sur le minage de cryptomonnaie pour protéger son réseau électrique ; son réseau bancaire numérique n’a pas tenu en seulement deux jours.




