La Monnaie numérique de Banque Centrale de la Réserve fédérale américaine (Fed) était un projet déjà au ralenti depuis plusieurs mois, et le voilà désormais gelé par la loi. Le Sénat américain interdit purement et simplement à la Réserve fédérale d’émettre un dollar numérique grand public avant le 31 décembre 2030. Une nouvelle preuve de la profonde défiance que le Congrès américain nourrit envers la Monnaie Numérique de Banque Centrale (CBDC).
C’est dans une loi consacrée à l’accessibilité du logement que les sénateurs américains ont inséré cette restriction monétaire pour les quatre prochaines années. Le texte est sans ambiguïté : la Réserve fédérale américaine (Fed) ne pourra émettre aucune monnaie numérique de banque centrale largement accessible au grand public avant la fin de la décennie.
Le compromis a recueilli un soutien massif : 89 voix pour et seulement 10 contre. Ce résultat est d’autant plus frappant que la Fed n’avait, à ce jour, présenté aucun projet finalisé de dollar numérique. Le vote traduit une hostilité de fond, particulièrement vive dans les rangs républicains, mais partagée par une frange démocrate. La crainte tient en deux mots : surveillance et contrôle.
De nombreux élus redoutent qu’une monnaie numérique pilotée par l’État ne devienne un outil d’espionnage des paiements courants. Ils appuient cette interdiction, la jugeant indispensable pour protéger les Américains d’une « surveillance gouvernementale excessive ».
Ce rejet s’inscrit dans une ligne politique de plus en plus affirmée à Washington, qui préfère laisser les initiatives privées occuper le terrain technologique. Pendant que le Congrès encadre strictement les ambitions de la Réserve fédérale américaine, les stablecoins privés adossés au dollar continuent de prospérer et d’irriguer les marchés des actifs numériques. Pour ces législateurs, la numérisation du billet vert passera avant tout par le secteur privé.
En choisissant alors de geler le projet de la Fed au nom des libertés individuelles, les États-Unis creusent une fracture idéologique majeure face à l’avance technologique du yuan numérique chinois ou du futur euro numérique, mais aussi de l’avenir réel du e-CFA de la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO).
Ce coup de frein législatif américain laisse ainsi le champ libre aux stablecoins privés pour assurer la numérisation du dollar, faisant le pari que le billet vert conservera sa suprématie mondiale par le biais des acteurs de marché plutôt que par un contrôle étatique strict.





