La nouvelle étude de Glassnode et Fasanara Digital donne une vision assez nette de ce qui se passe vraiment dans la crypto en cette fin d’année 2025. Selon leurs données, Bitcoin aurait absorbé plus de 732 milliards $ de nouveaux capitaux depuis le point bas du cycle, un record absolu. Et derrière ce chiffre impressionnant, on voit surtout un marché qui ne fonctionne plus du tout comme avant : les flux sont plus propres, les institutions pèsent lourd, et toute l’infrastructure financière du secteur est en train de se réorganiser.
La première donnée frappante du rapport, c’est le volume des capitaux entrants. Entre le point le plus bas du cycle et le sommet récent, Bitcoin a accueilli environ 732 milliards $. C’est plus que l’ensemble des cycles antérieurs réunis, ce qui montre à quel point l’appétit pour le Bitcoin a grandi considérablement.
Cette vague d’argent neuf gonfle même son « Realized Cap » jusqu’à 1 100 milliards $, ce qui confirme que la progression ne repose pas seulement sur le prix, mais aussi sur un coût d’acquisition réel beaucoup plus élevé.
L’effet se voit immédiatement dans la structure du marché : Bitcoin repasse proche des 60 % de dominance, un niveau que l’on n’avait pas vu depuis plusieurs années. Les autres cryptos progressent, bien sûr, mais dans une logique différente : elles montent parce que le marché va bien, pas parce qu’elles mènent la danse. En 2025, c’est clairement BTC qui donne le tempo, explique le rapport.
L’étude insiste aussi sur un point: la montée en puissance brutale des ETF spot américains. Il y a encore deux ans, ces produits étaient à peine visibles, avec moins d’un milliard de dollars de volume quotidien. Aujourd’hui, ils tournent régulièrement entre 5 et 9 milliards $ par jour, ce qui en fait l’un des canaux principaux par lesquels l’argent institutionnel entre dans la crypto.
Cet afflux via les ETF transforme complètement la façon d’investir dans le Bitcoin. Beaucoup d’acteurs préfèrent désormais passer par des produits régulés, plus simples à gérer et mieux intégrés à leurs outils financiers traditionnels. Résultat : une demande plus stable, moins de mouvements impulsifs, et un marché qui réagit davantage aux flux longs qu’aux mouvements spéculatifs courts.
L’étude montre aussi que les échanges sur le marché spot ont gagné en densité. Les volumes quotidiens sur Bitcoin oscillent désormais entre 8 et 22 milliards $, alors qu’ils plafonnaient plutôt entre 4 et 13 milliards $ dans le cycle précédent. Cette profondeur rend les variations de prix plus cohérentes et évite les excès de volatilité.
Cette évolution se voit aussi sur les données longues : la volatilité réalisée sur un an est passée d’environ 84 % à 43 %, ce qui reste élevé, mais beaucoup plus raisonnable pour un actif aussi jeune. En parallèle, les marchés de futures atteignent des niveaux records, avec un « open interest » total d’environ 67,9 milliards $, dont près d’un tiers sur le CME, preuve que le trading professionnel s’est installé comme un pilier de ce cycle.
Depuis l’arrivée des ETF, le Bitcoin voit une baisse du nombre d’utilisateurs actifs on-chain, qui passent d’environ 240 000 à 170 000 entités par jour. Cela pourrait ressembler à une perte d’intérêt, mais c’est en réalité une simple migration : une grande partie des transactions se fait désormais via des courtiers, des banques crypto ou des produits financiers régulés.
Pour autant, la valeur réglée reste colossale. Sur les 90 derniers jours, Bitcoin a confirmé environ 6,9 billions $ (6 900 milliards) de transfert de valeur, ce qui le place au niveau de Visa ou Mastercard sur un trimestre. Même en retirant les mouvements internes aux plateformes, le réseau règle encore environ 870 milliards $ par trimestre, ce qui montre que son rôle économique est intact.
L’étude met également en lumière le rôle central des stablecoins, dont la capitalisation totale atteint désormais 263 milliards $. Ensemble, l’USDT et l’USDC traitent près de 225 milliards $ de transactions chaque jour, ce qui en fait les véhicules de liquidité les plus utilisés du marché. L’usage diffère selon les profils : l’USDT domine le retail, tandis que l’USDC est la référence des institutions et de la DeFi.
En parallèle, la tokenisation progresse à vitesse grand V. Les actifs réels tokenisés — les fameux « RWA » — sont passés de 7 à 24 milliards $ en un an. Des fonds comme le BUIDL de BlackRock, désormais à 2,3 milliards $, montrent que la finance traditionnelle utilise de plus en plus les blockchains pour distribuer des produits à rendement sécurisé.
Le rapport souligne aussi un phénomène plus discret, mais très structurant : l’essor des plateformes de dérivés décentralisés, les fameux « perp DEX ». Leur part de marché est passée d’environ 10 % à une fourchette entre 16 % et 20 %. Ces plateformes traitent désormais plus de 1 billion $ (1 000 milliards) par mois, ce qui les installe comme de vrais concurrents aux exchanges centralisés.
Cette montée en puissance s’explique par la flexibilité de ces outils : accès mondial, positions ouvertes en continu, gestion non custodiale… Autant de critères qui séduisent les traders aguerris. Cela crée un marché plus distribué, moins dépendant des grandes plateformes, et capable d’absorber les chocs avec plus de résilience.
Dans l’ensemble, l’étude Q4 2025 montre que la crypto entre dans une phase de maturité jamais vue jusque-là. Bitcoin s’impose comme le pilier central, soutenu par des flux institutionnels massifs, une liquidité renforcée et une présence croissante dans la finance régulée. Autour de lui, les stablecoins, les RWAs et les dérivés avancés construisent de nouveaux rails qui donnent au marché une structure beaucoup plus solide.
Ce cycle n’est donc pas un simple redémarrage : c’est une transformation profonde de la manière dont la crypto fonctionne, s’échange et attire des capitaux. La suite dépendra évidemment des flux, mais une chose est claire : la mécanique du marché n’a jamais été aussi robuste.





