Au Royaume-Uni, le régulateur des marchés financiers (FCA) planche avec les grandes banques sur un cadre réglementaire dédié à l’or tokenisé. Dominant le marché mondial des lingots depuis des décennies, Londres ne compte pas laisser la blockchain lui filer entre les doigts et cherche à renforcer sa position sur ce nouveau marché stratégique.
La tokenisation de l’or représente un droit de propriété sur de l’or physique détenu en garde, transférables numériquement via une blockchain, sans que le métal ne quitte jamais son coffre.
Selon le World Gold Council, le Royaume-Uni concentre environ 70% du volume mondial de trading notionnel d’or. Une position qui n’est d’ailleurs pas acquise. Car plusieurs places asiatiques développent leurs propres infrastructures pour l’or physique et digital, et chaque marché qui bascule vers la tokenisation sans passer par les réserves de Londres grignote un peu de cette suprématie historique.
L’autorité de régulation des marchés financiers britannique (FCA) a engagé des discussions avec les banques pour définir comment l’or tokenisé pourrait servir de collatéral dans des transactions financières de gros. En tout cas, un usage qui transformerait ces tokens en briques utilisables directement dans la plomberie du système financier classique, pas seulement en produit d’épargne pour les particuliers.
L’enjeu de ce projet de tokeniser l’or londonien est de taille : une digitalisation accélérée des marchés financiers pourrait rapporter jusqu’à 33 milliards de livres (devise du pays) par an à l’économie britannique d’ici 2035. L’or tokenisé n’est qu’une pièce du puzzle, mais une pièce symbolique pour une place qui a bâti sa réputation sur ce métal depuis des siècles. Des standards réglementaires plus détaillés sont attendus dans les prochains mois.
La concurrence est rude actuellement et Londres n’a pas vraiment le luxe de traîner le pas. Puisque Genève et Zurich cultivent depuis longtemps leur propre expertise sur le stockage physique d’or, la Suisse reste l’un des plus gros centres de raffinage d’or au monde. Hong Kong et Dubaï, de leur côté, poussent leurs propres plateformes de trading digital adossées à des métaux précieux, avec un argument simple : des horaires calés sur les fuseaux asiatiques, là où les marchés londoniens ferment quand l’Asie s’éveille à peine.
Le pari britannique consiste alors à miser sur ce qu’aucun concurrent n’a encore fait : une infrastructure de règlement et de compensation déjà éprouvée depuis des décennies, que la tokenisation viendrait moderniser plutôt que remplacer.
Ce qu’on ne peut ignorer c’est que le marché de l’or tokenisé existe déjà, et tourne très bien avec une forte liquidité. Tether Gold (XAUT) et Pax Gold (PAXG) captent l’essentiel de la demande actuelle, portés par l’attrait croissant pour le métal précieux en période d’incertitude macro-économique.
Le World Gold Council travaille lui-même sur une offre concurrente baptisée Gold as a Service, signe que même l’organisme historique du secteur juge urgent de reprendre la main sur ce terrain stratégique. Un cadre réglementaire britannique, aussi solide soit-il, arrive après la bataille commerciale, pas avant.
La tokenisation des actifs du monde réel (RWA) est passée de 2,9 milliards de dollars en 2025 à 31,9 milliards cette année, une progression de 589 % en douze mois. Londres veut anticiper un marché d’environ 16 000 à 30 000 milliards de dollars d’ici 2030, selon les prévisions de BlackRock.
Le Royaume-Uni ne cherche pas seulement à protéger son or, elle cherche une place dans une course à la tokenisation où chaque grande place financière veut désormais son ticket d’entrée.





