L’euro numérique en phase test avec 36 prestataires financiers

La Banque centrale européenne (BCE) franchit un cap décisif en sélectionnant 36 prestataires de services de paiement pour participer au pilote de l’euro numérique. Le projet CBDC passe désormais de la phase de conception à celle du test opérationnel. Une étape importante pour l’institution financière centrale européenne dans sa démarche de mettre en circulation l’euro numérique pour contrer l’expansion des stablecoins.

La Banque centrale européenne (BCE) multiplie les avancées pour mener à bien son projet de monnaie numérique de banque centrale (CBDC). Depuis le début de l’année, elle engage des actions allant dans le sens de la réalisation effective de son projet. En juin dernier, la BCE a lancé un test bancaire en Italie. En mars 2026, elle ouvre un appel à manifestation d’intérêt en vue de la phase opérationnelle de son projet d’euro numérique, enregistrant plus de 50 candidatures déposées.

À ce jour, 36 prestataires de services financiers sont retenus pour la phase pilote de l’euro numérique. Selon le communiqué officiel publié par la Banque centrale européenne (BCE) le 14 juillet 2026, les prestataires se déclinent en deux profils distincts : les distributeurs et les acquéreurs.

Les premiers donneront au personnel de la BCE et des banques centrales nationales l’accès aux services bêta de l’euro numérique. Les seconds permettront à des commerçants sélectionnés d’accepter les paiements en euro numérique. Plusieurs acteurs cumuleront les deux rôles.

La raison principale de cette monnaie numérique de Banque centrale (CBDC) de la BCE est la montée en puissance des stablecoins adossés au dollar, notamment l’USDT de Tether et l’USDC de Circle. La Banque centrale européenne considère leur adoption croissante comme une menace pour l’autonomie monétaire de la zone euro. 

Dans ce contexte, l’euro numérique se présente comme la réponse souveraine de l’Europe face à l’expansion des stablecoins. Si les citoyens et les commerçants européens se tournent massivement vers des stablecoins libellés en dollars pour leurs transactions numériques, la BCE perdrait une partie de sa capacité à piloter la politique monétaire de la zone euro.

L’euro numérique vise ainsi à offrir une alternative européenne, adossée à la monnaie de banque centrale. Elle serait capable de concurrencer directement les paiements transfrontaliers et le commerce en ligne.

Contrairement à l’Europe, une loi américaine est entrée en vigueur interdisant à la Réserve fédérale américaine (Fed) d’émettre ou de créer un dollar numérique jusqu’au 31 décembre 2030. Une décision saluée non seulement par les adeptes de la crypto, mais aussi par certains défenseurs des libertés individuelles. Ces derniers redoutent qu’une monnaie numérique de Banque centrale (CBDC) ne permette une surveillance accrue des transactions ou un blocage arbitraire de l’accès à la monnaie par une autorité centrale.

À l’inverse, la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO), a déjà lancé en septembre 2025 le e-CFA (monnaie numérique de Banque centrale des pays membres de l’UEMOA). Mais son adoption à grande échelle pose toujours un défi pour l’Autorité financière centrale qui mène des actions de sensibilisation auprès des institutions afin d’accélérer sa mise en circulation.

Au niveau de l’Europe, un comité du Parlement européen a validé en juin dernier des avancées sur le cadre législatif encadrant l’euro numérique, pendant que la BCE entre en phase de test.

Cette divergence stratégique illustre des visions opposées : la retenue réglementaire aux États-Unis face à l’accélération précipitée en Afrique de l’Ouest et assumée en zone euro. Chacune reflète des priorités politiques et monétaires distinctes.

Le pilote de l’euro numérique débutera au second semestre 2027 pour une durée de 12 mois. Cette phase impliquera la Banque centrale européenne (BCE) ainsi que 19 banques centrales nationales de la zone euro, notamment : en Allemagne, en France, en Italie, en Espagne, aux Pays-Bas.

Le projet testera des paiements de personne à personne (en ligne comme hors ligne) ainsi que des paiements chez des commerçants physiques et en e-commerce, avec la participation du personnel des banques centrales et de commerçants partenaires comme des cafétérias et restaurants.

La décision finale sur l’émission de cet euro numérique dépendra à la fois de l’adoption du cadre législatif européen et d’un vote du Conseil des gouverneurs de la Banque centrale européenne (BCE). Une potentielle émission est envisagée pour 2029. Ce qui laisse encore le temps à l’écosystème crypto et bancaire de s’adapter à cette nouvelle donne monétaire.

Si les tests et le cadre législatif sont concluants, l’euro numérique pourrait inaugurer une nouvelle étape où crypto, monnaies publiques et stablecoins coexisteront durablement. 

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