Le président du Nigeria Tinubu Bola Ahmed vient de mettre un peu d’ordre dans la réglementation crypto du pays. Le marché local était longtemps régulé à coups de circulaires contradictoires où chaque agence tirant un peu la couverture à elle. Le 17 juillet dernier, un décret présidentiel crée désormais un Conseil des actifs virtuels chargé d’harmoniser une régulation crypto jusqu’ici partagée, et parfois disputée, entre plusieurs institutions aux priorités bien différentes.
Le nouveau Conseil chargé de la réglementation des crypto-actifs est présidé par la Banque centrale du Nigeria, avec l’agence fiscale et le régulateur boursier comme vice-présidents. La cellule de renseignement financier et le Conseil national de sécurité y siègent également.
Avec ce nouvel organigramme, le Nigeria compte boucher les trous qui permettaient jadis aux escrocs de prospérer entre deux textes mal coordonnés depuis des années.
Dans la logique du décret, les actifs jugés proches de valeurs mobilières resteront sous l’aile du régulateur boursier, tandis que les services de paiement et de garde liés aux crypto-actifs relèveront désormais explicitement de la banque centrale du pays.
Le décret prévoit aussi un bac à sable réglementaire permettant aux opérateurs de tester de nouveaux produits sous supervision, avant que l’agence fiscale ne publie une politique dédiée aux actifs virtuels. Cette approche innovante marque un vrai changement de ton par rapport aux années de restrictions générales imposées par la banque centrale du Nigeria, qui avait longtemps préféré fermer le circuit plutôt que le réguler.
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Selon les dernières données de Chainalysis, le Nigeria capte à lui seul près de 60 % des flux de stablecoins vers l’Afrique subsaharienne. Une adoption massive portée par une jeunesse qui contourne depuis des années une monnaie locale en perte de valeur constante. Ce qui pousse le Fonds monétaire international (FMI) à faire des propositions au Nigeria pour assurer la stabilité de son économie face à l’expansion des stablecoins.
Fermer alors les yeux plus longtemps n’était tout simplement plus tenable, ni pour la lutte contre la fraude, ni pour la fiscalité de l’État dans une économie en perpétuelle évolution.
En 2021, Lle Nigeria avait déjà tenté sa propre monnaie numérique de banque centrale avec le e-naira, qui s’est soldé par un échec. Deux ans plus tard, soit en 2024, le gouvernement finit par autoriser la Banque centrale à accepter les cryptos pour le commerce international.
S’il faut apprécier l’adoption de ce nouveau décret présidentiel, il apparaît aussi évident qu’un Conseil bien composé sur le papier ne garantit pas forcément, à lui seul, une application cohérente sur le terrain.
La réglementation des crypto-actifs s’inscrit aujourd’hui dans une tendance continentale plus large, où plusieurs pays africains cherchent à sortir de la posture d’interdiction formelle pour bâtir, autour d’une économie numérique assumée, un cadre équilibré qui capte l’essor des crypto-actifs plutôt que de le subir passivement.





